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Le Malien est sorti du pétrin

  • Par Justine Laguigner

Le Malien est sorti du pétrin

Alors qu'un boulanger de Besançon s'est battu contre l'expulsion de son aprenti guinéen, le jeune Malien Hamed Fall Dicko revit grâce à son intégration chez Maison Bécam.

 

L'histoire de son collègue Stéphane Ravacley, qui avait entamé une grève de la faim pour protester contre l'expulsion prochaine de son apprenti guinéen devenu majeur, a fait bondir Nicolas Bécam. Elle a projeté le boss de Maison Bécam six ans en arrière quand ses équipes lui avaient demandé de prolonger le stage en boulangerie d'un certain Hamed dont il n'avait encore jamais entendu parler. 

Hamed Fall Dicko avait alors 16 ans. Il avait abandonné Kersignané, son village reculé du Mali, pour gagner l'Europe, seul, sac à dos, fuyant la misère et la guerre grâce à un peu d'argent récolté par sa grand-mère pour payer les passeurs. Il avait débarqué à Angers en février 2015 après un périple long et douloureux, le plus souvent caché au fond de la cale d'un bateau ou d'un bus de fortune. Il ne parlait pas un mot de français. Mineur, il avait été placé sous la tutelle de Département de Maine-et-Loire et recueilli par l'Abri de la Providence. Il avait frappé à la porte de nombreuses boulangeries en quête d'un stage. La boutique Bécam de la place Imbach avait dit oui.

"On l'avait pris pour quatre semaines un peu par hasard et il était revenu dès le lendemain de ce premier stage pour en demander un autre en nous disant : boulanger, c'est ce que je veux faire. Il était très volontaire, très dynamique. Il a fallu trouver des solutions pour le conserver, avec le CFA de la Chambre des métiers, notamment", raconte Matthieu Nouteau qui fût le maitre d'apprentissage d'Hamed Fall Dicko durant trois ans. 

Presque six ans plus tard, Hamed Fall Dicko a plus que jamais le sourire en sortant les pains et les croissants du four de la même boulangerie Bécam, place Imbach.

"Hamed s'est imposé naturellement par son travail"

Le Malien ne prend toujours pas le pain des Angevins, il le fabrique en se levant de très bonne heure chaque matin. Il a pris de l'assurance mais également des muscles. Il est majeur est bénéficie d'un visa de travail. Il maîtrise le français et a obtenu son permis de conduire. Il va repasser en candidat libre son CAP boulanger qu'il a manqué malgré un 18/20 en pratique.

Après avoir été stagiaire, puis apprenti, puis simplement boulanger, le Malien est désormais l'un des responsables boulangers de Maison Bécam. Avec un CDI et tout ce qui va bien. Les levers à quatre heures du matin, aussi, évidemment… "Ma vie a complétement changé et c'est grâce à Monsieur Bécam", dit Hamed Fall Dicko en souriant derrière son masque siglé...Bécam. La complicité est forte entre les deux hommes. De même qu'avec Matthieu Nauteau. "L'histoire est belle mais ce n'était pas forcément gagné d'avance", explique le responsable qualité de Maison Bécam. "Hamed s'est imposé naturellement à travers son travail de tous les jours, sa capacité à bien s'intégrer. Pour nous, son parcours est logique. Il est aujourd'hui l'un de nos meilleur boulangers et il est déjà devenu un élément de transmission des savoirs", se félicite Nicolas Bécam.

Deux autres jeunes Maliens et un Burkinabé sont également en apprentissage chez Maison Bécam alors que la période de recrutement en production et en vente va s'ouvrir. La société, qui a signé une charte de la diversité, emploie actuellement 130 collaborateurs dont soixante apprentis. "On accueille tous les jeunes qui ont envie de prendre du plaisir dans un projet d'apprentissage et leur nationalité ne doit pas être un problème" dit encore Nicolas Bécam. Lui-même est un amoureux du Mali et un pur produit de l'apprentissage.

François LACROIX

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